Julien Mariani : l’ascension depuis l’enfer, du chaos des paris sportifs à l’espoir du Main Event
10/07/2025 - Sebastien Dubois
Partager
Julien Mariani, ancien joueur ruiné par les paris sportifs, réalise une remontée spectaculaire en atteignant la 3e place du Main Event WSOP à l’issue du Day 4. Entre addiction, reconstruction et discipline de fer, son parcours incarne la résilience d’un homme revenu de tout.

Las Vegas, 10 juillet 2025 – En cette fin de Day 4 du plus grand tournoi de poker du monde, le Main Event des World Series of Poker, un Français se dresse parmi les géants : Julien MARIANI (Mbappelatepu), 36 ans, troisième au chipcount, fait vibrer toute la communauté hexagonale. Si son nom semble encore inconnu du grand public, son histoire, elle, est déjà une légende en devenir — une trajectoire marquée par l’auto-destruction, le redressement et, peut-être, une renaissance historique.


Une descente aux enfers : “J’ai tout perdu. Et même plus.”

L’histoire de Mariani commence loin du Strip de Las Vegas. En Corse, d’abord, où il découvre le poker comme beaucoup, à la fin des années 2000, entre amis et sur les plateformes en ligne. Talentueux, instinctif, il navigue entre tournois locaux et sessions online avec un flair certain. Mais rapidement, un autre poison prend le dessus : les paris sportifs.


Dans un épisode glaçant du RMC Poker Show diffusé en octobre 2024, Mariani met les mots sur son mal : « J’étais accro, mais d’une manière qu’on ne soupçonne pas. Je pariais au réveil, je pariais en conduisant. Je pariais sur des ligues que je ne connaissais même pas. Et chaque fois que je perdais, je doublais la mise. C’était mécanique. Pathologique. » Il finira ruiné, endetté, isolé de sa famille, et incapable de maintenir une vie stable.


Plus encore que l'argent, c’est la perte de sens qui l’éteint : « Je n’avais plus d’identité. Juste un écran, et des chiffres rouges. » À plusieurs reprises, il pense au pire. Un passage à vide profond, évoqué sans filtre dans un podcast avec Clément Michaud, où il admet avoir vécu plusieurs mois en marge, entre petits boulots alimentaires et nuits blanches passées à “essayer de me refaire” en ligne.


La reconstruction : discipline, coaching et mise à nu

Le tournant vient au début de 2023, quand il coupe définitivement avec les paris. Aidé par un ami proche, lui-même coach mental dans le sport de haut niveau, il entame une reconstruction lente, méthodique, et presque ascétique. « Je notais chaque dépense. Je faisais du sport à heure fixe. Je relisais mes anciennes mains. J’ai repris depuis le sol. »


À travers cette rigueur, Mariani retrouve le poker – mais sous un jour nouveau. Il intègre des groupes de travail, s’immerge dans les solveurs, applique les principes du GTO (Game Theory Optimal), et reconstruit son jeu… et lui-même. « Je suis passé d’un joueur instinctif à un joueur réfléchi. Je ne voulais plus me faire plaisir. Je voulais être solide. »


En mars 2024, il signe un retour remarqué lors du Championnat de France de Poker à Aix-en-Provence, où ses performances étonnent les observateurs. Sur le forum Club Poker, un post devient viral : “Le mec joue comme un pro et reste en retrait. Il a une histoire à raconter, ça se sent.” À l’époque, peu savaient à quel point.


Le présent : une performance majuscule au Main Event

Aujourd’hui, à Las Vegas, ce travail de l’ombre éclate au grand jour. Julien Mariani a franchi les Days 1, 2, 3 et 4 du Main Event WSOP avec une régularité impressionnante, affichant une discipline chirurgicale, des lectures précises, et une gestion des émotions rare à ce niveau.


À l’issue du Day 4, il pointe à la 3e place du classement général, parmi des milliers de joueurs dont la plupart ont des sponsors, des années d’expérience, ou des bracelets à la ceinture. Mariani, lui, avance en silence, concentré, mais prêt. Dans une vidéo publiée récemment sur YouTube, il explique son approche : « Je joue chaque main comme si c’était la dernière. Je ne me projette pas. Je suis dans l’instant. »


Son calme, sa lucidité, mais aussi son regard profond, comme traversé par autre chose, marquent ceux qui l’observent. Un reporter américain l’a surnommé “The Phoenix from Nowhere”, en référence à sa résurrection venue d’aucun circuit majeur connu.


Un symbole pour toute une génération de joueurs ?

Plus qu’un deep run français aux WSOP, le parcours de Mariani résonne comme un avertissement et un espoir. Un avertissement contre les dérives de la dépendance, trop souvent ignorée dans le poker, alors même qu’elle en est l’ombre portée, et un espoir pour ceux qui veulent croire en la possibilité de se relever.


Qu’il atteigne ou non la table finale, Julien MARIANI (Mbappelatepu) a déjà gagné quelque chose que l’argent ne peut acheter : le respect, la dignité, et une histoire à transmettre.